
NOUVELLES SERBE
Auteur : Nada Vraničić – Donjon
Laissez-vous emporter par « Le Moineau Rouge, » une collection de nouvelles de l’auteure Nada Vraničić Donjon. Cette collection vous emmènera dans un voyage inoubliable à travers différents mondes, émotions et expériences.
Chaque histoire dans « Le Moineau Rouge » possède son propre charme unique, et chaque lecteur trouvera un morceau de lui-même dans ces mots. Nada Vraničić Donjon écrit avec une telle légèreté que vous serez conquis et resterez captivé de la première à la dernière page.
Si vous souhaitez vous plonger dans ces histoires captivantes, commandez le livre en suivant le lien sur notre site. Ne manquez pas cette opportunité de découvrir l’une des histoires que nous avons soigneusement sélectionnées pour vous.
« Le Moineau Rouge » vous attend, prêt à vous submerger dans un tourbillon d’émotions variées et à vous entraîner dans un voyage littéraire fantastique. Il est temps d’ouvrir les pages de ce livre et de vous délecter des histoires qui vous toucheront, vous feront rire et vous inspireront.

KIMI
Sur cette photo six petites Japonaises, âgées de quatre à cinq ans, sont assises sur un petit tourniquet. Ainsi disposées en rond, chacune d’elles tient par la main droite la main de celle qui se trouve sur le siège opposé, formant ainsi une étoile, alors que la main gauche repose sur l’épaule de celle qui la précède, ce qui circonscrit l’étoile dans le cercle de leurs bras.
Sur le manège miniature en mouvement, deux petites filles qui auraient dû se trouver face à l’objectif, ont, pour une raison connue d’elles seules, détourné la tête à gauche, dissimulant ainsi pour toujours leur visage. Ce qui a attiré leur attention est resté hors du champ de l’appareil photo.
Les petites filles sont toutes habillées de la même façon : un kimono en soie d’un rouge écarlate, bordé, autour du cou, d’une large bande scintillante couleur vieil or. Au creux du dos, elles portent un emblème noir couvert de fines dorures. Des nœuds papillons, d’un bleu foncé moucheté de points rouges, retiennent leurs nattes enroulées au-dessus de leur tête.
Au premier plan, dans l’angle inférieur droit de la photographie, apparaît une fillette dont on ne voit que le buste. Ses yeux grand-ouverts fixent l’objectif. Son regard attire immédiatement l’attention de l’observateur.
Elle est en tout point semblable aux autres petites filles sur le tourniquet : elle a le même âge, elle porte le même kimono, avec les mêmes nattes et les mêmes nœuds papillons. Mais, alors que les autres jeunes filles sont emportées par le tourniquet, elle semble se tenir de côté, le visage braqué sur l’observateur.
Son visage fardé de blanc est surmonté d’un front coupé par une frange parfaitement droite, aux petites mèches qui luisent d’un éclat bleuâtre. Ses lèvres recouvertes d’un rouge vif confèrent à ses traits une netteté inhabituelle. Ses yeux et ses lèvres ne laissent transparaître aucune trace de sourire.
Son regard sérieux, droit, perçant, surprend chez une enfant. Au moment où la photographie a été prise, ses petites paumes semblaient prêtes à se joindre. On a l’impression qu’elle est en train d’applaudir ou qu’elle s’apprête à s’incliner poliment. Depuis plusieurs années cette photographie, découpée dans un vieux calendrier, orne la pièce dans laquelle mes collègues et moi, toutes quatre affectées à la traduction, nous travaillons, chacune dans sa langue. Nos bureaux sont disposés l’un derrière l’autre afin que nous ayons toutes la lumière venant sur notre gauche. Je ne sais pas laquelle de mes collègues a apporté la photographie des petites Japonaises pour l’accrocher au mur. D’aucun aurait même du mal à la remarquer, noyée qu’elle est au milieu de nombreux posters multicolores.
Un jour, la nouvelle nous est parvenue : durant l’été, les vacances allaient être mises à profit pour rénover notre bureau. Le dernier jour de travail, j’ai attendu pour être la dernière à quitter la pièce. Restée seule, j’ai soigneusement ôté les bouts de ruban adhésif qui retenaient la photographie des petites Japonaises qui m’était devenue si chère. À sa place le mur gris de poussière ne présentait plus qu’un rectangle blanc, presque immaculé. Et j’ai emporté la photo chez moi.
À présent les petites Japonaises sont en lieu sûr, sur le mur de ma salle de séjour. J’ai donné à la petite fille le prénom de Kimi. Ce que fait à présent la vraie Kimi, n’a pour moi aucune importance, ni où ni comment elle vit, ni ce qu’elle est vraiment. Ce qui n’est pas sur la photographie est pour moi sans importance.
Ma Kimi à moi ne change pas. Cette petite fille aura pour toujours son regard fixé sur moi. Moi qui vis à l’autre bout du monde et qui ai pris sous ma garde son double, sa photographie. Non seulement Kimi ne sait pas que j’existe, mais elle ignore peut-être l’existence même de cette photographie. Celle-ci n’a peut-être désormais de l’importance que pour moi. Moi qui suis devenue la gardienne d’un instant particulier de son enfance.

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